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La révolution rédactionnelle

Toujours plus de contenus pour toujours moins de valeur

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Valeur du contenuLa prolifération de nouveaux espaces d’expression provoquée par l’arrivée des médias online a créé un appel d’air inédit pour les producteurs de contenus. Aussi performants soient-ils, la plupart des services en ligne restent fondamentalement élaborés autour des contenus. Si la qualité de ces services attire une audience, ce sont les contenus qui contribuent à la garder captive et à la fidéliser. Des espaces comme Deezer, DailyMotion ou Flickr ne sont que des coquilles vides sans le contenu qu’ils mettent à disposition et qu’ils permettent de partager avec le reste de la netosphère. Parallèlement, beaucoup de marques pure players présentes sur Internet ont compris les enjeux liés aux contenus dans le but d’établir une relation privilégiée avec leurs utilisateurs. Ainsi, le site de vente RueDuCommerce a, par exemple, lancé en 2011 son magazine en ligne pour créer une relation différente du simple acte de vente avec ses clients. Le roi Google lui-même s’est lancé dans la production de contenus propres pour présenter la profusion des innovations qu’il propose.

De la profusion des contenus nait sa banalisation

Cette situation confère aux contenus un rôle central et stratégique dans la capacité d’un site à développer sa propre audience : ils sont un catalyseur d’un public susceptible de produire son propre contenu et de développer, à son tour, une nouvelle audience. Une dynamique qui a rendu Internet gourmand en contenus de toutes sortes et conduit peu à peu à l’industrialisation des process de rédaction, dont les fermes de contenus sont un des principaux avatars. Mais une profusion de contenus disponibles qui pose in fine la question cruciale de sa valeur. Pas uniquement d’un point de vue du prix ou de la valeur marchande, mais plutôt du point de vue de celle perçue par le public. La question se pose d’abord en matière d’image. Hier considéré comme un bien rare, l’usage de la photographie s’est aujourd’hui généralisé avec l’arrivée du numérique. Elle est aujourd’hui devenue un média d’expression et de dialogue, qui s’échange via les mobiles ou se télécharge sur le Net aussi facilement que du texte. La vidéo, en s’embarquant sur les smartphones, est en passe de suivre le même chemin en devenant le nouveau moyen d’expression et de communication entre les individus. Le phénomène s’est aujourd’hui généralisé à l’univers de la musique et du cinéma qui, en perdant leur matérialité, ont aussi perdu une partie de leur valeur. Dès lors, comment peut-on demander de payer pour un contenu devenu aussi ordinaire que l’air qu’on respire ou l’eau qui sort du robinet ? Cette question est à la base du débat mené sur les DRM (Digital Right Management ou gestion des droits numériques) et sur le respect du droit patrimonial de l’artiste sur son œuvre. Il est en train de gagner les sphères des contenus au sens le plus large.

L’industrialisation de la production des contenus : la naissance d’un prolétariat

Le monde de la production de contenus est donc en passe d’éprouver une révolution liée à ses méthodes de production, au même titre que celle qui a secoué le monde industriel au XIXe siècle. L’« OS du clic » devient interchangeable, organisé en batterie se divisant le travail et a aujourd’hui pour unique vocation de fournir une matière première bon marché, prête à consommer. Avec la menace de baisse de qualité qui en découle. Dès lors, on peut aisément faire une analogie entre le monde de la production de contenus et celui des sweat-shops du Sud-Est Asiatique ayant pour but d’inonder le marché de produits textiles ou informatiques à bas prix. Les contenus seraient-ils en phase de devenir un bien de consommation au même titre qu’une paire de chaussures ou un écran de télévision ? À quand une délocalisation des salles de rédaction dans les pays à faible coût de main-d’œuvre ?

Quand la machine remplace l’homme

L’analogie ne s’arrête pas là. Dans la même logique qui a conduit à remplacer l’homme par la machine, une expérience d’intelligence artificielle baptisée Stats Monkey menée par la Northwestern University de l’Illinois (USA) pousse la démarche encore plus loin. Son but : confier à un robot l’élaboration intégrale d’un article de presse. La machine est ainsi capable, propulsée par un algorithme puissant, d’aller chercher automatiquement sur le Web les infos nécessaires à l’élaboration de l’article, à les croiser et les augmenter d’éléments de contexte tels que la météo, et à les mettre en forme pour donner lieu à un article intelligible, utilisant un style rédactionnel préétabli, adapté au lectorat et pouvant largement rivaliser avec des articles rédigés par des journalistes professionnels. Son champ d’application porte encore actuellement au seul domaine des résultats sportifs locaux, peu enclins à une analyse poussée et la plupart du temps construits sur des données factuelles (on a gagné, il a plu, il y avait un public nombreux, un joueur était blessé, etc.). Il ouvre cependant des perspectives, qualifiées par certains de boîtes de Pandore, à une automatisation intégrale de la production, éradiquant toute intervention humaine de processus d’élaboration des contenus. Certains projets explorent aujourd’hui la possibilité d’étendre ce domaine de compétence à l’audiovisuel ou à l’analyse politique. Posant par là même la question cruciale de l’avenir du mode de vérification des sources d’information et de celui du style journalistique.

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