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La révolution relationnelle

Sérendipité et surinformation : des filtres nécessaires

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InfobésitéLe principe même de recherche sur le Web favorise la sérendipité, c’est-à-dire la capacité à se laisser conduire, de lien en lien, vers une information qu’on ne cherchait pas forcément à l’origine. Le foisonnement des résultats d’un moteur de recherche, les liens hypertextes connectant un type de contenu à un autre, la dimension encyclopédique elle-même du Web permettent à tout un chacun d’accéder à un volume considérable d’informations qu’il devient désormais difficile d’appréhender. Parallèlement, l’information quotidiennement recueillie sur nos mails, mais aussi sur les réseaux sociaux dont nous sommes membres, l’affichage sur les murs, l’accès à une presse gratuite ou des contenus sur le net conduisent inexorablement à ce qu’il est coutume d’appeler l’« infobésité », c’est-à-dire une surabondance d’information rendant son assimilation difficile. « L’infobésité est une tendance bien réelle dans l’entreprise qui fait que chacun est constamment dérangé. En moyenne, un individu possède 12 minutes de temps de cerveau disponible ! » nous dit Nicolas Moinet, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’IAE de Poitiers. Et le fait est que, confirmant l’adage selon lequel trop d’information tue l’information, il devient aujourd’hui impossible de capter, retenir et analyser tout ce à quoi nous sommes quotidiennement exposés.

Outils et communautés : des aides à la sélection de l’information

Cette surabondance d’information impose désormais une catégorisation des contenus.

« Il existe une nouvelle tendance d’outils Internet qui permettent de nous guider vers de nouveaux contenus présentant un intérêt pour nos amis », nous dit Ethan Zuckerman, directeur du Center for Civic Media au MIT. « Des outils sociaux comme Reddit, Digg et Slashdot forment des communautés construites autour d’intérêts partagés et nous dirigent vers des sujets accrédités par la communauté (au travers de votes et de mécanismes karmiques) comme étant intéressants et valant le coup d’être partagés. Twitter, et particulièrement Facebook, fonctionnent à un niveau bien plus personnel. Ils nous montrent ce que nos amis savent et ce qu’ils considèrent comme important. »

Notre réseau social, premier filtre

Selon cet éclairage, la constitution des internautes en réseaux sociaux ne serait donc pas uniquement une source d’enrichissement des contenus. Elle formerait également un premier rideau garantissant au moins une communion d’intérêt avec les gens suivis sur Twitter ou des relations entretenues sur Facebook, par exemple. Mais un premier filtre qui présente quelques failles.

« Connaître ce que vos amis connaissent est important », complète Ethan Zuckerman. « Mais à moins que vous n’ayez un réseau d’amis remarquablement diversifié et bien informé, il y a pas mal de chances pour que leur intelligence collective présente des zones d’ombre. »

Le curateur : un journaliste qui s’ignore ?

Pour combler ces faiblesses, la notion très controversée de content curator a fait son apparition. S’il fallait en donner une définition, le « curateur » serait une personne physique ou morale en charge de réceptionner, sélectionner, trier et délivrer une information sur un thème donné pour le compte d’une audience définie. Il aurait donc pour mission de choisir les contenus susceptibles de nous intéresser. « Implicitement, les “curateurs” décident de ce que nous devons savoir sur le monde », nous dit Ethan Zuckerman. Quelle meilleure définition du journalisme ?

Le rôle essentiel de l’éditeur dans le tri de l’information

Internet et son foisonnement de contenus « spontanés » conduiraient donc implicitement à redonner du sens au rôle fondamental d’éditorialisation pris en charge par le journaliste. Le « curateur » serait donc un journaliste qui s’ignore. Par extension, l’éditeur endosserait plus largement cette notion de curation qui s’étend à celle de courtage : il est aujourd’hui en charge de la mise en relation, au travers d’un choix éditorial, entre le contenu et le lecteur. Il est fort probable que l ’avenir conduise à une contextualisation des types de contenus sélectionnés en fonction du moment et des attentes de l’internaute. Pour y parvenir, un certain nombre d’outils font leur apparition sur le Net, permettant d’aider au travail d’éditorialisation, d’une part, et donnant l’accès à un contenu déjà éditorialisé, d’autre part. Des agrégateurs tels que Netvibes ou iGoogle permettent ainsi d’organiser et de personnaliser ses contenus par grands centres d’intérêt alors que des fonctionnalités comme Google News autorisent un travail de veille de tout ce qui circule sur le Web sur un sujet donné. Entre travail de documentaliste et de composition, certaines initiatives intéressantes, comme Pearltrees, paper.li ou Scoop.it permettent d’agréger et d’organiser des contenus issus de thèmes donnés afin de les partager avec son réseau.

De l’accès à un contenu universel vers un Internet de niches

Le succès des tablettes tactiles et l’intérêt porté à certaines applications comme Flipboard pour l’iPad signalent le besoin, pour les utilisateurs, de retrouver les codes graphiques et ergonomiques des supports traditionnels et de restructurer l’information sous une forme qui avait été peut-être perdue sur Internet. Tous ces exemples montrent qu’il existe une tendance large au retour à un modèle traditionnel. L’époque d’un Internet symbole d’un accès à des contenus universels cède la place à celle d’un Internet de niches, sélectionnant une information hyper-catégorisée en fonction des attentes et des affinités de chaque individu.

« Nous qui sommes des éditeurs de Radio Classique, nous voyons apparaître dans la catégorie classique plus de mille radios qui permettent d’écouter de la musique classique », nous dit Nicolas Beytout, alors PDG du Groupe Les Échos, au sujet de l’émergence des webradios. « Il y a des radios spécialisées Beethoven, des radios spécialisées hautbois, des radios spécialisées orchestres de Chicago. »

Une forme d’hyper-segmentation qui se retrouve aujourd’hui sur tous les médias et qui permet au citoyen de choisir des contenus correspondant à ses affinités.

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