Toujours plus de contenus pour toujours moins de valeur

La prolifération de nouveaux espaces d’expression provoquée par l’arrivée des médias online a créé un appel d’air inédit pour les producteurs de contenus. Aussi performants soient-ils, la plupart des services en ligne restent fondamentalement élaborés autour des contenus. Si la qualité de ces services attire une audience, ce sont les contenus qui contribuent à la garder captive et à la fidéliser. Des espaces comme Deezer, DailyMotion ou Flickr ne sont que des coquilles vides sans le contenu qu’ils mettent à disposition et qu’ils permettent de partager avec le reste de la netosphère. Parallèlement, beaucoup de marques pure players présentes sur Internet ont compris les enjeux liés aux contenus dans le but d’établir une relation privilégiée avec leurs utilisateurs.

La fin du journalisme ?

La question de l’avenir du journalisme est universelle car elle est avant tout une question citoyenne. « Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’homme et la Constitution française, guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à-vis du citoyen prime sur tout autre », nous rappelle la charte d’éthique des journalistes qui précise également que « le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ». Ces précisions nous rappellent combien le journaliste exerce un rôle social d’intermédiation primordial pour l’équilibre des pouvoirs et le respect des libertés individuelles. Or, le nouveau modèle économique dans lequel il s’inscrit désormais remet profondément en question son rôle et son utilité. Voire sa pérennité. Ce qui pose in fine un véritable problème de démocratie.

La tyrannie de l’urgence

Le nouveau rapport au temps imposé par les médias connectés exerce une influence directe sur le mode de rédaction et la manière de relayer l’information. La contrainte de temps n’est pourtant pas nouvelle. Elle peut même être considérée comme intrinsèque à la création des médias, qui ont toujours eu à répondre au challenge des délais de transmission de l’information.

Une histoire sans fin

La littérature, le cinéma, la peinture, la photographie ou le théâtre sont considérés comme des médias d’émotion, dans le sens où ils délivrent un contenu qui est avant tout le fruit d’une démarche artistique. Ils ont aussi la particularité d’être considérés, une fois achevés, comme des œuvres fermées. Le roman, une fois publié, n’a a priori que peu de raison d’être modifié par son auteur. Une règle qu’il convient toutefois de relativiser puisque pour le seul domaine littéraire, la période pré-Gutenberg était propice à l’enrichissement des textes par les copistes en charge de leur reproduction et à l’exégèse des interprètes de la parole, qui était essentiellement divine à l’époque. Par la suite, les grandes œuvres des encyclopédistes des Lumières furent à de multiples reprises remaniées et augmentées pour intégrer l’avancée des connaissances de l’époque. Le théâtre, dans la grande tradition de la Commedia dell’arte, faisait aussi la part belle à l’interprétation de l’œuvre par l’acteur. Le caractère intangible de l’œuvre n’est donc pas à considérer comme un dogme mais plutôt comme une conséquence du support sur lequel elle s’exprime et se diffuse.

L’écriture à la conquête de l’espace

La structure d’un récit est essentielle à son intelligibilité. Traditionnellement conçue selon une ligne narrative fixe, cette structure permet de donner le cadre dont l’esprit a besoin pour se laisser guider par l’histoire. « Qu’on écrive un roman ou un scénario, on organise des rencontres, on vit avec des personnage ; c’est le même plaisir, le même travail. On intensifie la vie », disait François Truffaut(1). L’écriture est le média permettant ces rencontres et cette transcendance. À cette fin, on peut considérer que le schéma linéaire est symbolisé au cinéma par le scénario, pour les médias audiovisuels par le conducteur ou par le chemin de fer pour la presse.

L’apparition des médias online a brutalement changé ce paradigme linéaire immuable. Le principe d’hyperlien a rompu cette linéarité en introduisant la notion de digression narrative et d’exploration disruptive des contenus. Et ce dès le début du Web. Les enjeux qui accompagnent la délinéarisation des contenus et l’émergence de la notion de transmédia constituent une révolution sans précédent dans la manière d’organiser l’information.

Le storytelling ou l’art de se raconter

Prenant conscience qu’il était plus facile de transmettre l’aridité d’un discours politique ou publicitaire au travers d’une belle histoire, le principe de storytelling s’est progressivement imposé aux marketeurs et autres spin-doctors comme alternative aux techniques de communication traditionnelles. Car force est de constater que le monde de la communication et celui des arts narratifs, comme le cinéma, le théâtre ou la littérature, partagent un point commun : faire passer des émotions pour capter l’attention et créer l’adhésion à une histoire.