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La révolution rédactionnelle

L’émergence d’un journalisme citoyen

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Jounalisme citoyenInternet est aujourd’hui devenu le principal carrefour de l’expression citoyenne, dans le sens où, une fois les quelques rudiments techniques acquis, il est une tribune unique de l’individu sur le monde. Face à la perte progressive de la crédibilité journalistique, la parole citoyenne, qui s’exprime sur les blogs ou les plateformes d’information, émerge aujourd’hui comme une ultime source d’expression libre, indépendante de toute autorité politique ou éditoriale et pour laquelle Internet constitue une caisse de résonance inédite. Le citoyen est à même de devenir un producteur de contenus autoproclamé, pour le pire et le meilleur, proposant sa propre vision , son propre point de vue, remettant en cause le rôle même du journaliste ou de l’éditeur dans le paysage médiatique. Ce journalisme citoyen est aujourd’hui considéré comme un cinquième pouvoir, alors que le quatrième, celui des médias traditionnels, traverse une crise d’identité sans précédent.

« Progressivement, l’audience devient partie prenante dans le processus d’élaboration de l’information », nous disent les journalistes Shayne Bowman et Chris Willis. « Plutôt que d’accepter une information prise en main par les éditeurs, ils balancent des e-mails, critiquent sur les blogs ou les forums les erreurs détectées dans les contenus éditoriaux et supportent ou fondent des projets éditoriaux indépendants. »

Le journalisme citoyen ou la recherche de neutralité

Cette situation inédite voit l’émergence de médias faisant le pari d’un contenu éditorial essentiellement issu de la parole citoyenne.

« Nous sommes arrivés à un moment où il faut inventer de nouveaux modèles médiatiques qui concilient éthique et quête de neutralité informationnelle », dit Carlo Revelli, cofondateur d’Agoravox, une des principales plateformes d’expression citoyenne présentes sur le Net. « À Agoravox, la politique éditoriale est faite par les rédacteurs eux-mêmes, qui dans leur immense majorité ne sont pas journalistes. Nous sommes 100 % participatifs. »

Un modèle autogéré par ses propres membres/rédacteurs, partagé par d’autres projets comme peuvent l’être parolecitoyenne.org ou citizenside.com pour l’image. Un modèle dans lequel le citoyen a autant un rôle de contribution à l’information que de contrôle de la véracité des affirmations de la communauté.

« Pour la plupart des blogueurs et des acteurs du journalisme citoyen, le retour sur investissement (en supposant qu’il soit un but de l’auteur et quelle que soit la manière de le calculer en temps passé et/ou argent) est d’abord une question d’accroissement de sa réputation », rappelle Dan Gillmor, fervent partisan de l’ouverture.

L’assassinat de JFK : premier reportage citoyen ?

L’histoire du journalisme citoyen ne date pourtant pas de l’arrivée d’Internet. D’une certaine manière, le film amateur captant la scène de l’assassinat de JFK le 22 novembre 1963 peut être considéré comme le premier reportage citoyen, qui a permis d’informer un public encore majoritairement lecteur de magazines et partiellement téléspectateur. Par ce biais, une information émanant d’un simple citoyen venait d’apparaître en tant qu’élément additionnel à une source officielle, portée par les médias de l’époque. C’est dans ce modèle que se nichait, déjà, une des pistes d’avenir de l’information. À savoir, un modèle hybride incorporant des éléments non journalistiques dans la fabrication d’une information éditorialisée.

Compléter le travail du journaliste, pas le remplacer

Le succès du Huffington Post, lancé en 2005 sur Internet, met en pratique ce modèle et a montré le chemin à une information exploitant autant des sources traditionnelles que des contributions externes. Depuis, de nombreux médias comme Libération.fr, Le Monde.fr ou des pure players comme Rue89, Slate ou Médiapart emploient dans leurs colonnes numériques les contenus de blogueurs, qu’ils soient sous forme d’articles, de photos ou de vidéos. L’important est que ce contenu constitue un complément à l’information élaborée par les journalistes, qu’il exploite une source, un angle ou un traitement particulier qui n’aient pas été accessibles aux professionnels. La couverture de la révolte iranienne après la victoire contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, les images du printemps arabe ou de la catastrophe naturelle de Fukushima en 2011 sont autant d’événement où les contributions locales ont apporté autant d’information que celle issue des journalistes professionnels, qui n’avaient alors pas forcément accès au théâtre des événements. Les messageries instantanées, le microblogging ou Internet dans ses grandes largeurs sont aujourd’hui autant de moyens détournés permettant de contourner les tyrannies des frontières et de s’affranchir des éventuelles censures locales pour donner la priorité à l’information. Depuis longtemps, déjà, des images amateurs tirées des médias sociaux ou des plateformes vidéo comme YouTube sont intégrées à des reportages des grands networks. Le journalisme citoyen est donc l’expression d’une nouvelle forme de liberté qui exploite les différents canaux à sa disposition pour franchir les frontières et qui devient, de ce fait, impossible à contrôler par un pouvoir central.

Le cercle vertueux du journalisme citoyen

La prise de parole citoyenne fait donc aujourd’hui radicalement bouger les lignes. Elle s’est installée progressivement et profondément dans l’éco-système journalistique et constitue désormais une source d’information et un contre-pouvoir au même titre que le journalisme professionnel. Le citoyen nourrit désormais le journaliste qui, à son tour, nourrit le citoyen, construisant ainsi une dynamique inédite d’enrichissement et de pluralité de l’information. Celle-ci s’en retrouve d’autant plus renforcée. Avec parfois, pour corollaire, les excès d’un usage sans barrières déontologiques ni qualitatives.

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