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La révolution rédactionnelle

L’émergence des contenus « spontanés »

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Le droit d’expression est une notion fondamentale des libertés individuelles. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen précise que :

« la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi ».

Un cadre qui prend une nouvelle dimension depuis la généralisation des fonctionnalités du Web 2.0. De nouveaux types de contenus viennent peu à peu augmenter de manière conséquente le volume d’informations disponible sur le Net : ceux générés par les utilisateurs et communément nommés « UGC », pour User Generated Contents (Contenus produits par les utilisateurs). Forums, chats, blogs, évaluation en ligne, commentaires, live-twitts sont autant de canaux permettant de prendre la parole et se présenter sur le Net. Les contenus se libéralisent et l’indépendance de ton devient une réalité dans le sens où elle est aujourd’hui l’affaire de chacun et ne dépend plus d’un tiers (éditeur, diffuseur, distributeur, etc.). Un écrivain ou un musicien peuvent donc aujourd’hui librement diffuser leur œuvre dès lors qu’ils sont capables d’utiliser les outils de diffusion à disposition. L’expérience communautaire telle que celles proposées par My Major Company ou Kiss Kiss Bank Bank vont jusqu’à changer le rapport de force pouvant exister entre l’individu et le monde fermé des éditeurs en donnant la possibilité à un artiste non seulement de la libre diffusion de son œuvre mais également celle de trouver un mode de financement permettant son éventuelle exploitation commerciale.

Les contenus spontanés comme modèle économique

Certains services, comme Yelp, Doctissimo, Tripadvisor ou Plebicity, tirent également l’essentiel de leur dynamisme éditorial des contenus issus des contributions et des échanges réalisés entre les internautes et les membres de ces communautés. Alors qu’on dénombrait en 2011 plus de 160 millions de blogs dans le monde et 30 milliards de contributions publiées chaque mois sur Facebook, on est en droit de se demander quels sont les mécanismes qui conduisent le citoyen à être actif sur Internet. Qu’est-ce qui nous fait twitter ? Pourquoi prenons-nous la parole sur des blogs ? Quels genres de pulsions nous poussent à poster notre vie sur les réseaux sociaux ? Quelles sont les raisons qui poussent certains d’entre nous à mettre leur expertise au service d’un projet comme Wikipedia ? Et cela alors qu’il n’y a pas de contrepartie financière immédiate ? Des questions aussi universelles que celles qui peuvent amener l’écrivain ou le journaliste à prendre la plume, mais qui prennent une tournure particulière dès lors que l’on touche aux informations personnelles. Mais des motivations essentielles dans la mesure où ce besoin représente la pierre angulaire du développement des réseaux sociaux, poussant toujours plus d’individus à se livrer sur Internet, au mépris, parfois, des risques que cela peut présenter.

« Il y a plusieurs facteurs qui font que les gens s’exposent malgré tout. D’abord, sur les réseaux sociaux, c’est en dévoilant des choses sur soi que l’on crée du lien, c’est même l’ingrédient sine qua non », nous dit l’économiste Fabrice Rochelandet, auteur d’un ouvrage sur l’économie des données personnelles et de la vie privée. « Ce qui est moins rationnel, c’est que les gens divulguent beaucoup de choses. Ce peut être parce que les autres le font ; du coup, on a l’impression que si tout le monde le fait, il y a moins de risques. (…) Et puis, même s’il est imprudent de trop se dévoiler, on ne sait pas quand cela va se retourner contre soi, ni comment. C’est diffus. Enfin, il ne faut pas oublier le petit plaisir immédiat qu’il y a à s’épancher ! »

La reconnaissance, moteur de la contribution

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En même temps que le nombre de supports d’expression a explosé, les motivations sous-tendant le besoin de contribuer sur le Net semblent donc être multiples et hétérogènes. Elles sont toujours conformes aux besoins fondamentaux de l’individu qu’Abraham Maslow avait schématisé dans sa pyramide des comportements dès les années 40. Selon cette théorie, les besoins liés à l’appartenance, la reconnaissance ou l’accomplissement s’expriment chez l’individu dès lors que ses motivations primaires, comme celles liées à la survie et à la sécurité, sont satisfaites. Contribuer reviendrait donc à rechercher une reconnaissance et une valorisation individuelles qui peuvent parfois manquer dans notre société, alors que les besoins matériels sont, eux, satisfaits. Cela procède à la fois d’un besoin de reconnaissance proche du quart d’heure de célébrité warholien et d’un comportement autocentré. Prendre la parole, contribuer, évaluer ou commenter sur des services en ligne procèdent d’un besoin universel de se livrer pour acquérir un statut dans la société. La nébuleuse et le relatif anonymat du Net permettant, en plus, toutes les audaces que notre société, construite sur le jugement et l’évaluation d’autrui, ne permet pas toujours.

Du projet à la réalisation : les premiers exemples d’écriture collective

La contribution a donc des vertus fondamentales pour la valorisation individuelle. À ce titre, on s’aperçoit que le « Je », en tant qu’expression d’une pensée individuelle, fait son grand retour, symbolisant la prise de parole personnelle, la prise de position et un certain courage, même si tout cela reste à relativiser compte tenu du caractère anonyme du Web. Parallèlement, le « Nous » l’accompagne de plus en plus souvent dans le cadre des échanges sociaux. La contribution a en effet des implications collectives et certains projets prennent appui sur cette dynamique d’écriture individuelle à des fins d’un projet commun. Les réseaux sociaux donnent un cadre idéal à l’écriture collective en modernisant le principe du cadavre exquis, expérimenté par le courant surréaliste. Ainsi est née l’idée de L’exquise nouvelle, un projet éditorial lancé sur Facebook réunissant plusieurs dizaines d’auteurs confirmés et débutants participant à une aventure d’écriture collective. La contrainte : que chaque auteur participe au manuscrit à hauteur de 420 signes maximum, soit le volume d’un statut Facebook, et qu’il rebondisse sur le texte du contributeur précédent pour élaborer une histoire originale. Le résultat : un polar nous invitant à suivre les traces d’un tueur à l’andouillette. Un principe développé également par Alexandre Jardin, de manière plus sophistiquée, autour de son roman Fanfan2, qui ressuscite son personnage d’Alexandre, 15 ans après son premier roman. Se situant à l’issue du livre, le concept propose de participer à une aventure transmédia sur un site, des applications mobiles, un flux Twitter et quelques pages satellites permettant aux internautes de prolonger le récit de l’auteur et d’intervenir sur la narration et le fil de l’histoire, en conseillant son héros sur la manière de prolonger sa passion pour son héroïne. Une expérience d’écriture collaborative et collective a également été mise en œuvre par Orange dans le cadre d’un projet cinématographique baptisé We are producteurs. Ce concept proposait aux internautes de collaborer à l’élaboration d’un film en participant à son écriture, au choix des personnages ou du titre, aux séances de casting, ou à l’écriture des étapes clés du scénario. Une expérience de cocréation regroupant plus de 12 000 contributeurs, menée par Luc Besson en maître d’œuvre, qui aboutit au film À l’aveugle réalisé par Hervé Palud et sorti en salles en 2012. Une expérience qui permit de poser les bases d’un mécanisme de co-écriture d’un projet complexe comme peut l’être celui d’un film.

La dynamique du contributif recherchée par les marques

À l’heure où on déplore un relâchement dans les matières écrites et le lien social, les aspirations du citoyen à prendre la parole sur le Net sont une bonne nouvelle. Elles sont un creuset d’énergies exploité par un certain nombre de services et une source de créativité et d’expertise unique qui devient aujourd’hui un pilier du modèle économique des médias connectés. À tel point que cette dynamique des contenus spontanés est aujourd’hui recherchée par les entreprises comme preuve d’attachement à la marque et d’émulation auprès de différents réseaux sociaux.

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