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La révolution relationnelle

Comment les contenus font évoluer les relations sociales entre les individus ?

Depuis son origine, le modèle médiatique s’est continuellement construit selon un principe immuable de diffusion unilatérale des contenus, établis par les choix éditoriaux fixés par une rédaction ou une production centralisée. L’avènement du Web, dans les années 90, a taillé une première brèche dans cette relation bien rodée. Il répondait, dans ses premières années, à un besoin de publication et de stockage de l’information de la part des universitaires et des éditeurs avant-gardistes. Ce nouveau média proposait un espace inégalé de simplicité et d’exhaustivité, mettant à disposition des internautes un contenu qui serait resté, auparavant, dans l’ignorance du plus grand nombre. Internet, et le Web en particulier, a ainsi permis l’émergence d’une nouvelle forme de relation au média : celle de la demande. Même s’il présentait en soi une première petite révolution, ce nouveau modèle demeurait toutefois construit selon une logique intangible de relation descendante, d’un émetteur vers un récepteur. L’arrivée du Web 2.0 allait changer profondément les choses.

Internet 2.0 : les relations sociales s’affolent

Dans l’introduction de son livre We, the media, Dan Gillmor, journaliste américain et blogueur influent, remonte le temps pour nous montrer comment la relation aux médias a profondément changé depuis l’arrivée du 2.0.

« Les Américains d’un certain âge (…) savent précisément où ils étaient et ce qu’ils étaient en train de faire lorsqu’ils ont appris la disparition du président Franklin D. Roosevelt. Une autre génération a une vision précise de l’assassinat de John F. Kennedy. Et quiconque était plus âgé qu’un bébé le 11 septembre 2001 n’oubliera jamais le bruit et les images des avions percutant les tours. (…) Les journalistes réalisèrent ce jour-là un travail remarquable qui me rendit fi er de faire partie de ce métier. Mais quelque chose d’autre, quelque chose de profond, était alors en train d’arriver. L’info était produite par des gens normaux qui avaient quelque chose à dire, à montrer, et pas seulement par les organisations “officielles” qui décident à quoi notre histoire doit ressembler. Cette fois, le premier brouillon était écrit en partie par le premier cercle du public. Ce fut rendu possible – et inévitable – grâce aux nouveaux outils de publication disponibles sur Internet. »

Média/audience : les règles du jeu changent

À travers cet exemple, Dan Gillmor stigmatise la manière dont Internet a profondément et durablement changé le rapport de force entre le média et son auditoire et comment la prise de parole citoyenne répond à un besoin d’expression naturel susceptible de créer de la valeur et de transformer l’individu lui-même en média. « Des communautés se rassemblent pour décrire des contenus et permettre aux autres d’y accéder », nous dit le philosophe Pierre Lévy qui a longuement étudié l’impact d’Internet sur les relations entre les individus. « Tout le monde devient ainsi non seulement auteur mais aussi prescripteur, organisateur de la mémoire, documentaliste, critique. Tout le monde devient médiateur, en somme. »

Internet, espace de dialogue

Pierre angulaire des médias sociaux, l’aspect relationnel est en effet devenu une donnée fondamentale du nouveau schéma de diffusion de l’information. Le modèle de relation entre le citoyen et le média tend aujourd’hui à s’infléchir pour devenir plus symétrique et fondé sur le dialogue d’égal à égal. La production de contenus s’en retrouve d’autant modifiée que l’avis du citoyen acquiert aujourd’hui un rôle fondamental dans l’acte d’achat, la prise de décision ou le débat public et est aujourd’hui pris très au sérieux par les services marketing ou les cabinets de communication politique.

Un intérêt naturel à la relation sociale

À l’heure où 82 % des internautes français sont membres d’au moins un réseau social et où il est prouvé que 73 % des bébés de moins de deux ans ont déjà acquis une identité sur Internet en Europe, l’expression personnelle s’inscrit donc au cœur des relations entre les individus et leurs environnements économique, social, communautaire ou philosophique.

Le pouvoir est désormais dans les mains de l’individu

Time MagazineDésormais, tout un chacun est susceptible de produire du contenu et de représenter un pouvoir d’influence, de nuisance ou juste d’expression sur le reste de son éco-système. À un tel point que le sacro-saint Time Magazine avait consacré sa Une de « l’homme de l’année 2006 » à… Vous. « You control the Informationage. Welcome to your world », précise le sous-titre, consacrant par là même le pouvoir d’influence qu’a pu acquérir l’individu, élevé au même rang qu’un Kennedy, un Hitler ou un Walesa, qui avaient eux-mêmes fait, en leur temps, la couverture du magazine.

Les réseaux sociaux : retour à l’instinct grégaire

Pourtant, si on parle aujourd’hui beaucoup de social ou de collaboratif dans le monde de l’information, force est de constater que ces notions en elles-mêmes ne doivent rien à l’environnement numérique. Le besoin d’échange et l’organisation en clans font intimement partie des instincts grégaires de l’humanité et se sont de tout temps exprimés sous de multiples formes. Ils sont le fondement de toute société. Internet, en tant que nouvel espace de relation, n’a fait que les révéler. Et c’est justement parce que ces comportements répondent à un instinct social qu’ils sont à prendre très au sérieux dans le développement du Web de demain.

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Liens faibles, liens forts : le paradoxe de la relation sociale


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