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La révolution rédactionnelle

Comment la révolution des contenus transforme les modes de narration et d’écriture ?

Qui parle de contenus pense évidemment avant tout à écriture. Il est utile de rappeler que, considérée au sens large, l’écriture peut être autant journalistique que littéraire, audiovisuelle, cinématographique, publicitaire, narrative, musicale, politique, etc.

Nous ne vivons pas une crise des contenus

Une étude menée par La Poste/CSA indique que 69 % des Français considèrent que, grâce aux mails et aux SMS, les jeunes n’ont jamais autant écrit qu’aujourd’hui et 44 % d’entre eux pensent que savoir bien écrire est un élément essentiel pour réussir sa vie. Parallèlement, le rythme de publication sur le Net atteint désormais des proportions astronomiques. 48 heures de vidéo sont mises en ligne chaque minute sur YouTube, 200 millions de twitts sont envoyés chaque jour, 107 billions de mails ont été envoyés pour la seule année 2010. La crise de l’écriture dans laquelle nous sommes censés évoluer n’est donc pas celle de l’offre. Jamais autant de contenus n’avaient été rendus disponibles ni autant d’outils d’accès à l’information mis à la disposition du citoyen. Selon une étude L’Express Iligo, 97 % des Français s’informent de manière quotidienne, 76 % d’entre eux plus qu’il y a cinq ans et 74 % utilisent plus de trois médias par jour. 30 % déclarent même ne pouvoir se passer de l’info plus d’une journée, prouvant que nous ne sommes a priori pas non plus dans une crise de la demande.

Les nouveaux modes d’écriture

Les origines de la rupture que nous sommes en train de vivre sont à chercher dans une troisième voie, peut-être plus irréversible : celle de la forme d’écriture et de l’évolution des attentes des utilisateurs en termes d’accès à l’information. La révolution des contenus se fera donc en grande partie par une nouvelle approche éditoriale. Le développement d’Internet et surtout des supports portables connectés modifient le statut même de l’information. Elle a aujourd’hui un rôle social, dans le sens où elle est le moyen de rester connectée à ses communautés et de créer du lien social entre les individus. Il suffit de constater le succès colossal rencontré par les réseaux sociaux et la dépendance de certains individus à ces services pour s’en convaincre. Rédiger, dans le cadre des médias connectés, c’est d’abord écrire, mais c’est aussi réagir, collaborer, contribuer, échanger, diffuser. L’écriture redéveloppe la fonction sociale qu’elle avait un peu délaissée depuis l’abandon des relations épistolaires. Cette évolution a toutefois foncièrement modifié la forme de l’écriture. Signe des temps, elle se réalise désormais souvent dans son plus simple appareil. En même temps que nous subissons la révolution du numérique, nous entrons dans l’ère du « court ».

La dictature du court

« Un bon article pour le Web est un article court. » Cette recommandation, élevée au rang de dogme par les rédacteurs Web, est représentative de l’évolution des formats qui font désormais référence. Aujourd’hui, une information s’exprime potentiellement en 140 signes. Une évolution qui n’est pas sans conséquence sur nos façons d’aborder un contenu.

« Auparavant, m’immerger dans un livre ou dans un article long ne me posait pas de problème. (…) Ce n’est plus aujourd’hui que rarement le cas. Désormais, je commence à me déconcentrer au bout de deux ou trois pages », confesse le journaliste écrivain Nicholas Carr « Le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit est désormais en attente d’informations à la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules circulant rapidement. »

De fait, alors que certains travaux de recherche nous annoncent qu’un accès permanent à une information fragmentée n’était pas sans effet sur notre façon de penser et la structure même de nos cerveaux, les modes d’écriture s’adaptent eux aussi à cette pratique insidieuse. Mails, SMS, twitts, posts, agrégateurs, fils info sont autant de sources laconiques d’information dont la brièveté est l’essence même : plus longue, cette information aurait toutes les chances de ne plus être lue par une population habituée à butiner. À la génération zapping succède la génération ATAWAD (Any Time, AnyWhere, Any Device).

Tout le monde prend la plume

L’information se délivre désormais dans un style brut, sans filtre, et est prise en charge par quiconque a acquis les rudiments des outils de diffusion disponibles sur le Net. Une situation qui élève le citoyen en tant que producteur de contenus et qui remet en question la mission même du journaliste et le rôle des médias historiques. Les « professionnels » de la production de contenus, quant à eux, se voient contraints de suivre aujourd’hui ce courant de fond du « court à tout prix ». Les programmes se raccourcissent, les rubriques se fragmentent, la narration se déstructure et s’accélère. Nous sommes désormais baignés dans un flot de contenus qui s’auto-alimentent et dont les sources se perdent parfois dans les méandres du Net. Si le style et l’orthographe n’y gagnent pas toujours, la pluralité de l’information et le dynamisme de la création profitent de cette révolution rédactionnelle.

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A nouveaux supports, nouveaux contenus


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