UA-37637260-1

Les contenus font leur révolution

En deux décennies à peine, le Web a balayé une partie considérable des grandes convictions que nous pensions constitutives de nos sociétés de l’information. D’abord considéré comme un simple média innovant permettant de nouveaux relais de croissance, puis à la source d’une hystérie collective qui a conduit à l’explosion d’une bulle spéculative, le Web a désormais contribué à faire considérablement bouger les lignes pour installer le modèle numérique comme nouveau centre névralgique autour duquel convergent la plupart des enjeux économiques, industriels et sociétaux.La nébuleuse des contenus

Dans ce contexte, l’économie numérique a semé le trouble dans un modèle médiatique qui est passé en très peu de temps d’un schéma linéaire à une nébuleuse de supports qui tirent leur vitalité des contenus qu’ils transmettent. L’avènement du Web 2.0 a de surcroît achevé de brouiller les pistes, non seulement en redéfinissant le rôle de chaque média, mais aussi celui joué par les différents acteurs en place et la façon dont l’information est désormais échangée. Aujourd’hui, les contenus se désintègrent, se déstructurent, se réorganisent, s’échangent, se démocratisent et n’ont jamais été aussi indispensables pour alimenter une société qui favorise la surinformation. Dans le même temps, on nous parle de crise de la lecture et des menaces pesant sur les industries de la presse ou de l’édition musicale. Le public n’a pourtant jamais été aussi consommateur de contenus disponibles sur tous les supports, qu’ils soient musicaux, journalistiques, ludiques ou audiovisuels. Nous ne sommes pas dans une crise de la demande. Elle est, au contraire, pléthorique et l’enjeu est plutôt de savoir la canaliser. Une contradiction fondatrice de notre société.

L’univers numérique et l’ère du paradoxe

Le sacre des contenus nous fait ainsi entrer dans l’ère du paradoxe, que l’on retrouve à de multiples niveaux. Ainsi, alors que l’on constate chaque jour un peu plus le développement d’une société individualiste, celle-ci n’a jamais été autant apte au dialogue et au partage de ses ressources par le biais des réseaux sociaux. Dans le même temps, alors que les médias numériques contribuent à la désincarnation des contenus et à la disparition progressive des supports physiques tels que le livre ou le CD-Rom, jamais autant d’outils n’ont permis d’accéder à tout moment et en tout endroit à ces contenus. Et que penser de la liberté de parole quasiment érigée en tant que dogme sur Internet alors que son contrôle n’a jamais été entre les mains d’aussi peu d’acteurs économiques qu’aujourd’hui, faisant émerger le spectre de la censure. Un risque qui se retrouve également paradoxalement dans l’abondance des contenus disponibles et dans la facilité qu’il y a aujourd’hui à y accéder. Une étrange contradiction soulignée par l’écrivain Bernard Werber, qui nous dit :

« La censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance. Sous l’avalanche ininterrompue d’informations insignifiantes, plus personne ne sait où puiser les informations intéressantes. En diffusant à la tonne toutes sortes de musiques similaires, les producteurs de disques empêchent l’émergence de nouveaux courants musicaux. En sortant des milliers de livres par mois, les éditeurs empêchent l’émergence de nouveaux courants littéraires. Ceux-ci seraient de toute façon submergés sous la masse de la production. La profusion d’insipidités identiques bloque la création originale et même les critiques qui devraient filtrer cette masse n’ont plus le temps de tout lire, tout voir, tout écouter. Si bien qu’on en arrive à ce paradoxe : plus il y a de chaînes de télévision, de radios, de journaux, de supports médiatiques, moins il y a diversité de création. » 

En devenant ubiquitaires et omniprésents, les contenus sont devenus à la fois le cœur et la structure d’un système de l’information qui s’est considérablement complexifié et où se croisent désormais les enjeux médiatiques, technologiques, publicitaires et sociaux. Sans contenus, il n’y a pas de Google, pas de cinéma, pas d’émission de télévision et la dernière tablette digitale revêt autant d’intérêt qu’une page Facebook vide. Les contenus ne servent donc plus uniquement de véhicule à une information. Ils sont créateurs de valeur, apporteurs de sens et sont autant une fi n qu’un moyen pour les médias et les acteurs de l’information. Cette révolution des contenus se conjugue donc au pluriel…

Les Trente Glorieuse des contenus

Tout porte ainsi à croire que, malgré la crise et la récession qui menacent les économies mondiales, nous soyons entrés dans une période qui pourrait s’apparenter aux Trente Glorieuses pour les contenus. Avec son new-deal, ses nouveaux modèles, ses outils de production innovants, sa consommation débridée, ses excès et ses laissés-pour-compte, les contenus sont le vecteur de changements fondamentaux dans nos modes de vie, au même titre que l’arrivée des produits électroménagers dans l’après-guerre. Il n’y a qu’à constater, par exemple, l’énergie et le volume d’argent investis par la chaîne de télévision qatarie BeIN Sport pour obtenir l’exclusivité des droits de diffusion des compétitions sportives majeures pour comprendre une partie des enjeux liés aux contenus originaux.

Comment les contenus s’adaptent à ce nouvel univers ? Inversement, comment l’écosystème médiatique intègre-t-il ces nouveaux contenus ? Quels sont les impacts en termes de technologies déployées pour les communiquer ? Comment le modèle publicitaire s’est-il adapté à ces nouveaux paradigmes ? Quelles sont leurs influences sur les relations entre les individus ? Alors que beaucoup d’ouvrages traitent des outils, des mécanismes ou des techniques des médias numériques, peu se focalisent sur le point commun qui relie tous ces thèmes : les contenus. Cet ouvrage a donc pour ambition d’être avant tout un outil de connaissance exposant les nouvelles donnes et le rôle essentiel joué par les contenus dans notre société de  l ’information. Comment ils se construisent, comment ils s’échangent, interagissent, s’organisent, se contrôlent, se manipulent et, au final, structurent l’univers incroyablement sophistiqué de l’information. La dynamique des échanges pour laquelle le Net s’est fait le creuset est désormais une tendance de fond. La remise en question des fondamentaux de l’économie des médias est actée. Les modèles économiques dans lesquels les contenus s’inscrivent creusent leur sillon.


Au sommaire

LA REVOLUTION DES CONTENUS

la révolution des contenus le livre dont sont issus les contenus de ce site
> En savoir +

Ca se passe sur Twitter

Suivre sur les réseaux sociaux