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La révolution rédactionnelle

Accès aux contenus : le dogme de la gratuité

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Contenus gratuitsInternet apparaît aujourd’hui encore comme un terrain de liberté. À ce titre, il s’impose par extension comme un domaine de libre accès à une information pléthorique.

« Le Web est devenu le monde de la gratuité », nous dit Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired. « Les coûts sur Internet vont tous dans la même direction : vers zéro (…). Il est désormais clair que tout ce que le numérique touche évolue vers la gratuité » complète-t-il.

De fait, le Web a, dès son origine, installé la gratuité en tant que principe de base, remettant en question le modèle économique des acteurs traditionnels, bousculés par celui des nouveaux arrivants comme Google.

« Le “gratuit” est apparu explicitement en France fin 1998 avec les fournisseurs d’accès Internet (FAI) gratuits », nous rappelle Olivier Bomsel, professeur d’économie industrielle à l’École des Mines, auteur du livre Gratuit!. « Les World-Online, Freeserve, Freesbee, Free et autres Liberty Surf ont proposé alors des formules d’abonnement gratuit, avec communications payantes. Ensuite, le gratuit s’est étendu avec le déploiement du haut débit en 2002. Le haut débit s’est déployé grâce au piratage massif de la musique via les réseaux peer-to-peer ».

Dès lors, comment financer la production de contenus dans le cadre d’une gratuité de leur accès ?

La musique, aux origines des contenus gratuits sur le net

Dès 1999, Napster fut un des premiers acteurs à révéler la mutation des usages en permettant l’échange direct de fichiers musicaux entre internautes, s’affranchissant des redevances et des droits d’auteur traditionnellement dus sur l’exploitation d’une œuvre artistique. Sony, Polygram, Universal, Virgin et les autres grandes maisons de disques prirent rapidement conscience du risque et s’allièrent pour tenter de faire tomber ce perturbateur. Napster fut contraint de fermer son service en mars 2001, non sans avoir auparavant amorcé le déclin du CD en tant que support musical et installé le format MP3 comme symbole de la désincarnation et de la gratuité sur le Net. Une première brèche était désormais ouverte dans le sanctuaire de l’industrie du disque et du cinéma. De nombreux acteurs s’y sont engouffrés dans la foulée, entraînant une réaction du secteur allant jusqu’à la mise en place d’un cadre législatif, désormais matérialisé par la loi Hadopi, en France. Pour autant, le rythme législatif et judiciaire ne parvient pas à rivaliser avec l’adaptabilité et la réactivité de l’éco-système Internet. En septembre 2011, le site d’écoute musicale gratuit Deezer, qui avait refusé les conditions d’Universal Music France à limiter son offre gratuite à cinq écoutes, a ainsi remporté une victoire judiciaire décisive sur son adversaire, remettant en question la position dominante des éditeurs de musique.

L’erreur des contenus éditoriaux gratuits sur le net

Parallèlement à cette révolution musicale et à l’apparition d’une presse quotidienne gratuite, sur le modèle de 20Minutes ou Métro, les supports de presse ont entamé à leur tour la conquête du Web en diffusant leurs contenus en ligne, considérant dans un premier temps Internet comme un relais d’audience efficace et une source de fidélisation pour leurs contenus et installant durablement le modèle de la gratuité comme un dû dans l’esprit des gens. « La presse ancienne a fait une erreur historique en mettant ces contenus gratuitement sur le Web. C’est la première bataille que j’ai perdue au Monde », confesse Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur de Médiapart. De fait, le dogme de la gratuité remet aujourd’hui fortement en question un pan entier de l’économie de l’information ainsi que la condition des producteurs de contenus dans leur ensemble.

Google livre, ou la littérature en accès libre

Dernier en date, le monde de l’édition est en passe de connaître à son tour sa révolution du gratuit , remettant en cause le modèle économique et le rôle même des éditeurs, des distributeurs et des librairies. Google, à travers son programme de numérisation massive du patrimoine littéraire mondial amorcé en 2004, met à disposition le contenu d’un fonds de plus de 15 millions d’ouvrages en ligne, la plupart tombés dans le domaine public ou non réédités. Les conditions dans lesquelles les accords ont été passés avec les bibliothèques et la gestion exotique des droits d’auteur ont conduit à une levée de boucliers d’un très grand nombre d’acteurs de l’édition, notamment en France.

« Google est entré en Europe en conquérant et beaucoup lui ont ouvert la porte en signant des accords que je trouve inacceptables. Ils reposent sur une confidentialité excessive, des exclusivités impossibles, des clauses désinvoltes, voire léonines au regard du droit d’auteur », avait déclaré Frédéric Mitterrand à son encontre.

Néanmoins, la force de frappe et la capacité de numérisation du géant américain en font aujourd’hui l’acteur incontournable de la préservation du patrimoine littéraire mondial. Google fait donc ainsi entrer la gratuité dans les usages du livre, chamboulant encore un peu plus un secteur déjà lourdement plombé par l’arrivée des liseuses numériques et remettant en question le principe même de droit d’auteur, jugé obsolète par certains et inaliénable par d’autres.

Du copyright au Creative Commons

Dans le même temps, les œuvres publiées sous licence Creative Commons sont des alternatives intéressantes au copyright traditionnel. Elles permettent une diffusion libre des contenus d’un ouvrage tout en garantissant un cadre juridique à son auteur grâce à un système de licence régissant les droits d’utilisation de l’œuvre par autrui. Ce système, largement utilisé dans le cadre d’ouvrages relatifs à l’univers d’Internet, contribue à faciliter la diffusion et l’accès à certaines œuvres culturelles. Il contribue encore un peu plus à installer le gratuit comme une option possible pour la diffusion d’une œuvre. Il prouve dans le même temps que le principe de gratuité n’est pas forcément incompatible avec des contenus de qualité.

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