On, off et mobile : l’omni-connexion devient le modèle

L’apparition du wi-fi, puis le développement du haut débit sans fil ont conduit à un nouveau mode de consommation de l’information. Parallèlement à ces nouveaux usages on assiste à l’émergence des smartphones avec un parc estimé à 104 millions d’unités dans les cinq principaux pays d’Europe en décembre 2011, soit 44 % de plus qu’en 2010. Les tablettes digitales commencent également à marquer leur territoire avec 3,4 millions d’unités vendues en France en 2012 et à devenir un marché sur lequel beaucoup de fabricants tentent de s’imposer. À tel point que, selon une étude menée par le Figaro, le nombre de tablettes vendues devrait dépasser celui des PC portables dès 2016, sacralisant le nomadisme comme tendance de fond.

De l’information subie à l’information choisie

Cette double tendance fait donc évoluer de manière fondamentale la manière d’accéder aux contenus, quels qu’ils soient. Hier « subie » dans son fauteuil, l’information vient aujourd’hui à soi, en quasi temps réel et sous toutes les formes. Aussi simplement que d’appuyer sur le bouton de sa télévision. De l’alerte colportée par les plateformes de flux RSS, les services de micro-blogging ou les messageries instantanées aux articles de fond proposés par la presse traditionnelle en passant par les programmes à la demande (VOD), ceux de rattrapage (TVReplay, Podcast), les contenus se contextualisent. L’omni-connexion les conduit à ne plus s’imposer mais à se décliner sur de multiples supports et à s’adapter à l’instant de vie, au moment propice, à l’opportunité, au besoin.

Contenu unique sur supports multiples

Les nouveaux usages font émerger ce qu’on a coutume d’appeler la délinéarisation de l’accès à l’information. Il faut comprendre par là la fin d’une information subie pour une information choisie. Une telle fonctionnalité rend ainsi possible de commencer à regarder un match de football sur son poste de télévision, de poursuivre sur son smartphone, voire à reprendre plus tard la diffusion sur son ordinateur de bureau par un système d’accès en différé et à la demande. Les applications se déclinent pour l’ensemble des médias. Le livre, la radio, la presse : l’omni-connexion permet de récupérer n’importe quel contenu à n’importe quel instant et de le consommer au moment le plus propice sur le support le plus adapté. Tout laisse à penser que ces usages s’ancrent dans la durée, puisque 59 % des enfants de 4 à 10 ans déclarent avoir déjà utilisé les services de catch-up TV. Cela représente une évolution majeure pour la plupart des producteurs de contenus qui sont aujourd’hui obligés de repenser leur mode de diffusion et de financement.

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Du papier au numérique : le chaînon nécessaire

Loin d’annoncer la fin des supports traditionnels, l’émergence des Flashcodes (ou QR codes ou encore tags 2D selon la technologie employée) permet d’assurer le chaînon manquant entre le monde du réel et celui du numérique. Cette technologie, directement liée au taux d’équipement de la population en smartphones, donne accès simplement, par le biais d’une application embarquée permettant la capture, à une source d’information complémentaire sur son téléphone en partant d’un support physique. Consacrant le papier comme un support de séduction alors que le numérique serait réservé à l’information en tant que telle. Ces tags, que l’on voit fleurir un peu partout dans les magazines, les affiches publicitaires ou les catalogues de vente, permettent de prolonger l’expérience de l’utilisateur et, par là même, renforcer sa relation avec le produit, le service ou la marque. C’est l’élément qui incarne le mieux la notion de rebond média. C’est-à-dire la capacité que peut avoir une information diffusée sur un média à se poursuivre sur un autre. Pour cela, l’omni-connexion devient la norme et les habitudes de rechercher son information aussi bien sur des supports traditionnels que numériques s’installent peu à peu. Les efforts en matière d’innovation technologique visent avant tout à permettre une interopérabilité entre les différents matériels et une vision intégrée et globale de l’ergonomie et du service délivré. Les enjeux portent donc désormais sur la capacité des acteurs du secteur à contrôler plusieurs de ces compétences.

Double, triple et quadriplay : convergence ou (dé)multiplication numérique ?

EthernetLa révolution numérique entraîne un étrange paradoxe : la multitude des canaux de diffusion (hertzien, numérique, imprimé, wi-fi, 3G, filaire, fibre optique, satellite), de flux (mail, rss, messagerie, réseaux sociaux) et des supports de réception (presse, affichage, télévision, ordinateur, laptop, mobile, smartphone, tablette, etc.) entraîne un phénomène de convergence amorcé depuis le début de la digitalisation de notre société. On tend vers une dématérialisation croissante de la variété des supports. Le CD et le DVD, fleurons et symboles de l’émergence de l’ère numérique, tendent aujourd’hui à disparaître alors qu’on ne compte plus les articles prédisant la fin du livre et de la presse imprimée. On assiste ainsi à la nécessité de voir apparaître de nouveaux supports, proposant une forme de synthèse technologique et médiatique des contenus.

Au début était le téléphone

L’émergence d’Internet en particulier a été décisive pour l’organisation des acteurs historiques de diffusion des contenus. Le courant du XXe siècle a vu certaines sociétés émerger, souvent par la volonté de l’État, dans un domaine de communication spécifique. Ainsi France Télécom assurait le service intégré du téléphone, de l’installation du réseau jusqu’à la fourniture des combinés de téléphone en bakélite qui ont marqué l’histoire. Plus tard, mais il y a déjà longtemps sur l’échelle de l’économie numérique, c’est ce même France Télécom qui fournit aux foyers français le Minitel, premier terminal connecté au réseau Télétel. Il fut sans doute à l’origine du retard français en matière d’équipement informatique, mais explique en partie la raison pour laquelle les ménages, ayant acquis l’habitude d’accéder à des services en ligne, ont réussi à rattraper par la suite ce retard. Parallèlement à cela, l’ORTF avait pour mission, au lendemain de la guerre et jusque dans le courant des années 70, de diffuser des émissions radiodiffusées et télévisées sur tout le territoire français et de « satisfaire les besoins d’information, de culture, d’éducation et de distraction du public ».

Puis vint Internet

La plupart du temps, ces acteurs historiques empruntaient une part de leurs missions au service public et étaient, avant tout, issus d’une forte volonté de l’État d’inscrire , après-guerre, le territoire dans la modernité grâce à une infrastructure de communication performante. Chacun d’eux était alors cantonné dans son rôle et le menait du mieux qu’il le pouvait, avec une vision avant tout nationale. Internet a changé la donne et c’est sur le plan technique que l’évolution s’est faite.

L’ouverture à la concurrence signe l’ouverture du double play

Le 1er janvier 1998, l’ouverture des télécoms à la concurrence est officialisée en France. De là, de nombreux acteurs s’engouffrent dans la brèche et attaquent le marché de l’accès à Internet en « empruntant » le réseau historique de France Télécom. L’offre aux particuliers explose, avec l’émergence de fournisseurs d’accès à Internet comme AOL, Club Internet, Wanadoo, Magic on-line, Free et bien d’autres. Le modem, qui offrait alors un débit limité devient l’élément décisif de l’apparition du double play, qui ne porte pas encore ce nom, mais qui est à l’origine du phénomène de convergence numérique : à savoir la concentration chez un seul et même acteur de tous les accès aux médias initialement indépendants et qui n’étaient, comme nous l’avons vu, a priori pas faits pour communiquer ensemble.

Les Box et l’arrivée du triple play

Cette convergence, qui se concrétise alors par l’accès conjoint à l’abonnement au réseau Internet et au téléphone sera rapidement suivie par l’émergence d’une offre triple play, déployée par ces mêmes fournisseurs d’accès à Internet qui ont, entre-temps, essuyé une première vague de fusion et quelques disparitions remarquées. L’arrivée de l’ADSL a ensuite rendu possible le transfert d’un plus grand volume d’informations et donc potentiellement des images et des émissions de télévision. C’est l’apparition de ce qu’il sera de coutume d’appeler les Box, qui permettent désormais de centraliser une offre Internet, téléphone et télévision et de rediriger les différents flux vers les terminaux utiles : téléphone, télévision ou ordinateur. Cette offre est à l’origine d’un élargissement et d’une sophistication de l’offre des opérateurs et des éditeurs, avec l’arrivée des services de VOD, des télévisions de rattrapage, mais aussi des émissions de radios numériques, des jeux en réseau, etc. Avec, pour pierre angulaire de cette variété l’adresse IP (Internet Protocol), langage de transfert universel qui demeure le point de convergence de tous les contenus numériques.

Un quadriplay encore émergent

La prochaine échéance réside dans le quadriplay, encore émergent, et qui rajoute une dimension mobile au phénomène. En pratique, il sera désormais possible de connecter son téléphone cellulaire au réseau de son fournisseur d’accès à Internet et de profiter ainsi de communications illimitées grâce à la technologie VoIP (Voice over Internet Protocol), au même titre que le téléphone fixe. Si cela peut sembler anecdotique, voire logique, dans le domaine privé, cette nouvelle dimension ouvre la voie à une omni-connexion en permettant à tout un chacun de connecter son mobile dans les hot-spots de connexion wi-fi aujourd’hui, WiMAX demain, devant apparaître dans certains lieux publics (gares, bars, parcs, etc.). Des services en devenir.

Et après ?

Alors que le quadriplay n’en est encore qu’à ses balbutiements, d’aucuns prédisent déjà l’avenir et parlent de quintuple play. Certains y voient une manière de conférer au téléphone mobile un rôle de terminal sécurisé et d’identification, se substituant à la carte de crédit ou à celle de transport. D’autres, comme Bouygues Télécom, imaginent un quintuple play ouvrant les portes de la domotique et permettant un « service de pilotage, de maîtrise de l’énergie et de protection du foyer ». Un concept encore un peu flou, aujourd’hui plus aux mains des marketeurs que des ingénieurs. Nul doute pourtant que nous assisterons demain à une surenchère dans ce domaine et que le mobile sera au centre des enjeux technologiques. L’objectif étant de concentrer dans les terminaux nomades l’intégralité des services disponibles en ligne. Jusqu’à ce qu’il soit détrôné par un outil encore plus ergonomique ?