Et demain, quelle techno ?

Et demain quelle technoTenter de prévoir l’avenir dans le domaine de la technologie, du matériel ou des solutions logicielles tient de la futurologie et beaucoup s’y sont cassé les dents. On se souvient de l’engouement pour Second Life à la fin de la première décennie 2000 et son foisonnement d’avatars, de campagnes de communication et de monnaie virtuelle qui nous prévoyait un avenir dans un monde parallèle, numérique et fantasmé. Quelques années plus tard, Second Life existe toujours mais appartient au passé.

Une meilleure intégration homme/machine

Pourtant, s’il fallait retenir quelque chose de cette expérience, c’est une meilleure conceptualisation d’une certaine forme de virtualisation. En reprenant les tendances qui ont marqué l’univers de l’information depuis ses origines, on constate une propension à la miniaturisation, puis à l’ergonomie pour rendre l’accès aux contenus de plus en plus simple et naturel. Le succès de Siri, la commande vocale intégrée sur l’iPhone capable d’interpréter une information formulée de manière complexe, est un exemple de simplification des relations homme/machine. Elle devrait être la solution succédant à notre antique télécommande. La révolution Kinect, lancée par Microsoft sur sa console Xbox 360 est, d’autre part, un premier succès commercial probant pour un système s’affranchissant désormais de toute interface entre le corps humain et la machine. Quintessence de l’interaction parfaite entre l’homme et la machine, les ingénieurs d’IBM étudient même certaines pistes de bio-informatique permettant de connecter directement le cerveau humain aux ordinateurs pour permettre de les commander. Des expériences déjà opérationnelles pour certaines actions simples comme changer de chaîne de télévision ou bouger un curseur sur un écran.

L’écran d’ordinateur, dernier rempart

De l ’ordinateur au smartphone, de la télévision à la tablette numérique, l’écran reste véritablement le dernier rempart duquel nous ne sommes pas parvenus à nous affranchir. Il s’est miniaturisé, s’est aplati, s’est fait tactile, s’est séparé de son clavier ou de sa lourde unité centrale, s’est libéré des connexions filaires peu pratiques, mais il reste toujours le médium nécessaire pour porter le contenu et permettre l’interaction avec l’utilisateur. Et même s’il est le support à un monde virtuel, il n’en reste pas moins la dernière incarnation du monde réel. De nombreux constructeurs comme Sony ou Toshiba cherchent à rendre cet écran le plus ergonomique possible et ont d’ores et déjà présenté des solutions d’écrans souples, pliables, qui seraient aussi pratiques et faciles à transporter qu’un quotidien ou un magazine. Selon la société de conseil iSuppli, le marché émergent en 2007 était évalué à 80 millions de dollars. Il devrait passer à 2,8 milliards de dollars en 2013. Mais un écran, même souple, reste toujours une entrave.

Sixth Sense : l’intégration totale

De ce fait, tout laisse à penser que la prochaine révolution portera sur la disparition des interfaces qui restent le chaînon encombrant entre l’individu et le monde numérique. Une équipe de recherche du prestigieux Media Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT) travaille actuellement sur le projet Sixth Sense, un système appliqué d’interface permettant de transformer toutes les surfaces qui nous entourent en support de l’information ou d’interaction. Ce projet se passe de souris ou d’écran et permet de commander à distance les informations projetées par de simples gestes des doigts. Le mur, la table ou le rayon de supermarché deviennent ainsi un support aux contenus. « Depuis le début, je travaille au projet de fusionner le monde physique avec le monde digital », nous dit Pranav Mistry, l’inventeur du système. Le projet Sixth Sense a remporté en 2009 le prix de l’invention de l’année décerné par le magazine américain Popular Science et ouvre la porte aux systèmes informatiques ubiquitaires totalement intuitifs. Ces derniers permettront à notre environnement direct de devenir le support à l’information grâce à une projection en réalité augmentée.

Eye-tracking et hologrammes

Évidemment, dans la même logique, il est tentant d’intégrer au corps humain certaines capacités de communiquer et d’interagir directement avec les machines. Les applications militaires ont déjà développé le système d’eye-tracking pour les casques des pilotes de chasse, permettant une assistance aux commandes par la seule détection du mouvement de la rétine. Plus fort, une équipe de chercheurs de l’université de Washington travaille à une lentille oculaire truffée de circuits intégrés miniaturisés permettant d’afficher directement l’information devant les yeux. Le monde du spectacle, enfin, participe au développement d’un grand classique de la science-fiction : la représentation holographique. Le groupe allemand Tokyo Hotel a marqué les esprits et l’époque en se produisant en 2009 sous forme d’hologramme sur une scène parisienne. La marque de prêt-à-porter américaine Forever 21 a, pour sa part, créé l’événement fin 2011 en faisant défiler sur ses podiums les premiers mannequins hologrammiques. Une technique innovante qui permet aujourd’hui d’envisager la projection d’informations dynamiques en trois dimensions où que ce soit.

Vers une vision augmentée

Tous ces exemples nous portent à croire que l’avenir technologique convergerait vers ce que Robert Rice qualifie de « vision augmentée ».

« Nous devons rompre avec nos écrans pour aller vers des systèmes d’affichages légers, transparents et portables (comme des lunettes) », nous dit-il. « Dès lors que la réalité augmentée devient vision augmentée, elle est immersive. L’expérience tout entière se transforme immédiatement en quelque chose de plus significatif, contextuel et personnel. C’est quelque chose de radical et qui change tout. Comme je l’ai déjà dit, ce sera la prochaine évolution pour les médias. Presse, radio, télévision, Internet, réalité augmentée (ou vision). »

Géolocalisation, réalité augmentée et hyper-localisation des contenus

GéolocalisationÀ en croire une étude du cabinet Berg Insight, 560 millions de téléphones mobiles étaient équipés de GPS en 2012. La géolocalisation, autre avancée technologique majeure qui était, il y a peu, l’apanage de l’industrie militaire, quitte donc le seul cadre du champ de bataille pour conquérir celui de nos smartphones et transformer notre relation à l’espace. Dans la logique du développement du cloud-computing, l’avènement de la géolocalisation conduit nos terminaux mobiles à devenir autant de décrypteurs des contenus numériques qui nous entourent. La capacité de pouvoir se situer dans l’espace donne accès, aujourd’hui, à une information immédiate de proximité. Certaines expériences dans ce domaine commencent à voir le jour. SFR, via sa régie publicitaire, a récemment lancé une solution permettant aux annonceurs d’envoyer un lien (via SMS) sur les téléphones mobiles de ses clients, dès lors qu’ils se trouvent dans un rayon de 200 mètres autour d’un point de vente. D’autres expériences, menées par Google et baptisées Google Adwords Express, permettent d’offrir aux annonceurs une meilleure visibilité grâce à l’affichage de liens géolocalisés et profilés dans les résultats de recherche d’adresses sur son moteur de recherche. Des améliorations technologiques pour certains. De nouveaux risques d’incursion dans la vie privée pour d’autres, comme le prouve la fronde des associations anti-pub en réaction à la mise en place dans les couloirs du métro parisien de panneaux publicitaires équipés de caméras captant et analysant les comportements des voyageurs et délivrant, par bluetooth, du contenu multimédia sur le téléphone mobile de l’usager. Quoi qu’il en soit, la publicité géolocalisée plurimédia n’en est qu’à ses prémices et est promise à un développement rapide et à une concurrence exacerbée depuis le rachat, en 2010 par Google, de la régie spécialisée dans le mobile AdMob et de Quitto Wireless par Apple.

Immersion en réalité augmentée

Dans le même temps est apparue la notion de réalité augmentée, principe selon lequel certaines informations virtuelles se superposent, en temps réel, à une image existante. On explore désormais le réel via une information complémentaire ajoutée au contexte qui nous donne une autre clé de lecture de notre environnement immédiat. Ainsi, une expérience menée par la ville d’Amiens permet au portail de la cathédrale de retrouver les fastes polychromes d’antan, grâce à une application permettant de superposer les décors originels au bâtiment. « Les applications vont sans doute un peu quitter le monde pur du digital marketing pour aller vers des applications “plus sérieuses” », nous dit Olivier Audouze, responsable marketing de la société Total Immersion, une start-up française spécialisée dans le développement de solutions en réalité augmentée. Des applications qui s’étendent désormais sur des secteurs aussi divers que la médecine, l’industrie, le jeu, le prêt-à-porter, l’architecture ou le tourisme. La réalité augmentée est promise à un développement rapide et rend la frontière séparant le réel du virtuel de plus en plus ténue.

Cartographie et représentation dans l’espace

Enfin, l’arrivée massive et en libre accès des fonds cartographiques et photographiques de services tels que Google Maps ou Mappy servent aujourd’hui de supports à un nombre croissant d’informations, de services et de contenus consultables par tous et s’enrichissent au fur et à mesure que les contributeurs les augmentent d’informations pratiques, personnelles ou commerciales. La généralisation de la cartographie est aujourd’hui un terrain de jeu sur lequel les applications de réalité augmentée, principe selon lequel on superpose en temps réel des contenus virtuels à une image existante, ont trouvé un terreau idéal pour se développer.

Mobile + réalité augmentée + cartographie = ?

La convergence de ces trois grandes tendances, associée à la capacité de traitement des terminaux mobiles, conduit aujourd’hui à une virtualisation en temps réel de notre environnement et à une contextualisation immédiate des contenus. « L’appareil mobile devient un prisme au travers duquel nous avons la sensation de voir le monde constitué de différents calques remplis d’informations, de données et de visualisations », nous dit Robert Rice, président de l’AR Consortium et grand chantre de la réalité augmentée. Certaines expériences, comme Wikitude de Mobilizy, Street view de Google ou UrbanDive du Groupe PagesJaunes sont une remarquable synthèse des différentes technologies embarquées. Elles permettent, par l’intermédiaire d’un terminal mobile, d’obtenir une vue immersive par géolocalisation affichant, en réalité augmentée, une information locale, éventuellement personnalisée en fonction de ses accointances issues du croisement de ses informations personnelles, voire de celles liées à son réseau et à son cercle de relations connectées. On peut y découvrir, en temps réel, des contenus hyper-contextualisés, comme des informations touristiques, les menus de restaurant, des horaires de transport en commun ou de cinéma ou les promotions du revendeur de sa marque de vêtement préférée. Une aubaine dans laquelle le marketing s’est aujourd’hui engouffré.

Géolocalisation et m-commerce

Disons-le, si aujourd’hui les applications de géolocalisation et de réalité augmentée prennent leur essor, c’est essentiellement dans le domaine du marketing et du m-commerce que les innovations percent. Avec une tendance qui rejoint étonnamment celle guidée par l’urbanisme d’un retour aux centres-villes, à l’hyper-localisation et à la relation de proximité.