De la résilience des contenus à la maîtrise de sa e-notoriété

Identité numériqueSi l’expression personnelle répond à un besoin universel de reconnaissance par son prochain, elle pose la question fondamentale du devenir de ces contenus sur le Web. Si Internet a avant tout pour vocation de faciliter les échanges d’informations entre les individus, il n’en demeure pas moins l’incarnation d’une forme de mémoire collective dans le sens où il conserve, dans ses fermes de serveurs, toute l’histoire numérique de ces vingt dernières années. Contenus, contributions, échanges, recherches, traces de navigation, données personnelles : absolument toute l’activité menée sur le réseau Internet constitue les métadonnées mises en mémoire et contribuant à faire émerger la notion de Big Data, c’est-à-dire ce volume considérable d’informations échangées sur le Net et qui, s’accumulant, oblige aujourd’hui à repenser l’architecture de stockage et de traitement de ces données.

Le web n’oublie rien !

Parmi elles, se trouvent les contenus continuellement diffusés, échangés, commentés et relayés par les internautes sur les différents réseaux. Cette puissance de démultiplication qui constitue une des forces du Web présente un risque notable pour l’individu. Dans cette mémoire globale et extensible qu’est Internet, le fait de poster des commentaires, des photos ou des vidéos peut avoir des répercussions notoires pour l’internaute. Ces informations laissent des traces numériques en ligne et peuvent potentiellement représenter un préjudice a posteriori dans la mesure où elles sont susceptibles de remonter à la surface du Net à la moindre requête sur un moteur de recherche. Cette résilience de l’information en ligne met en péril une liberté fondamentale de l’individu qui est celle liée au droit de changer d’avis.

Profil numérique et droit à l’oubli : priorité à la prudence

Ce constat implique une réflexion sur le droit à l’oubli ou, tout du moins, celui permettant une révision de ses informations personnelles sur le Net. Mais il fait également émerger une des principales limites du Web qui est celle liée à la difficulté de réguler avec des armes législatives souvent locales un sujet fondamentalement global. S’il est possible de contraindre une entreprise, il est illusoire de vouloir contraindre le Net dans son ensemble qui n’a, par définition, pas de modèle de gouvernance centralisée. Tout au plus est-on capable de mettre autour d’une table les principaux acteurs de l’économie numérique pour mettre en place certains accords et protocoles. Les litiges se résolvent aujourd’hui au cas par cas et souvent devant les tribunaux. En juillet 2011, la CNIL a ainsi contraint une association en charge de la numérisation d’actes de jurisprudence à anonymiser les documents avant leur mise en ligne. Certains plaignants avaient en effet subi des préjudices à voir leur nom accolé à une affaire de justice. L’un d’entre eux s’était vu refuser un emploi après qu’une recherche sur Google ait fait remonter une décision judiciaire sur des faits mineurs le concernant, 12 ans auparavant. Sans pour autant diaboliser Internet dans le sens où peu de cas font acte de malveillance délibéré, il convient de connaître les risques encourus par un étalage trop libre d’informations personnelles sur le réseau. Certaines compagnies d’assurance ont d’ailleurs commencé à proposer des solutions pour couvrir les dangers liés à l’identité sur Internet, proposant de nettoyer les données malveillantes qui ont pu être publiées de manière fortuite ou non. Sans en arriver là, les nouveaux usages réclament simplement aujourd’hui un apprentissage urgent des codes et demandent une vigilance quant à la capacité d’Internet à amplifier les choses. Car des règles ont déjà été fixées.

E-réputation et personal branding : les enjeux des contenus personnels

Devant la difficulté à légiférer et à mettre les différents acteurs du Net d’accord sur le sujet, tout porte à croire que les internautes apprendront à l’avenir à mieux contrôler les contenus qu’ils mettent en ligne et de façonner naturellement leur profil digital. Des services comme LinkedIn ou Viadeo représentent déjà, dans ce contexte, des versions modernes du CV. Partant du constat qu’aujourd’hui 78 % des recruteurs passent par les moteurs de recherche pour trouver des informations personnelles sur les candidats et que 64 % d’entre eux surveillent les médias sociaux, on comprend dès lors combien il devient hasardeux d’utiliser Internet comme simple exutoire et à quel point la gestion de ses contenus personnels sur le réseau devient cruciale pour sa vie professionnelle, voire personnelle. Une telle discipline consiste à alimenter le Net de données individuelles combinant parcours professionnel, activités diverses, appartenance à une communauté, expertise et opinions dans le but de faire émerger un profil personnel qui soit une représentation conforme à celle que chacun souhaite donner. Un enjeu qui prend encore une tout autre dimension dès lors que l’on devient un personnage public : hommes politiques, patrons d’entreprise, artistes et professionnels des médias mettent aujourd’hui sur pied de véritables stratégies de Personal Branding sur les réseaux afin d’installer leur image à l’instar de celle d’une marque. Et surtout éviter qu’un autre ne le fasse à leur place.

les nouveaux métiers de l’e-réputation

Selon les mêmes règles que les individus, les entreprises ont tôt fait d’exploiter cette capacité du Net à conserver les traces numériques pour la transformer en levier puissant d’influence. Aujourd’hui, il apparaît que 50 % des contenus de marques sur Internet proviennent d’une source qui n’est pas directement liée à son secteur d’activité. Une proportion qui montre à quel point il est important de surveiller l’ensemble des sources d’information pour faire en sorte que l’image que l’entreprise ou la marque souhaitent communiquer coïncide avec celle qui circule de manière spontanée sur le réseau. Des méthodes, posant les bases des techniques de construction de l’e-réputation, visent à occuper l’espace social sur le Net au travers d’une écoute du « bruit » ambiant mais aussi d’une prise de parole volontaire et de l’initialisation de la conversation auprès des réseaux d’influence. L’objectif : parvenir à cartographier l’image perçue, le dynamisme des conversations et permettre d’identifier les leviers d’orientation du discours à tenir sur le Net pour sa marque. Ces actions se sont radicalement sophistiquées ces dernières années, avec des investissements évalués à 190 millions d’euros pour le marché français en 2011 et l’émergence de nouveaux métiers comme les experts SEO, les Community Managers ou les nettoyeurs du Net. Des outils au service de l’image et qui doivent avant tout s’intégrer aux méthodes traditionnelles de marketing plus que dans celles de la gestion des risques dans laquelle ils sont trop souvent réduits. « Selon plusieurs études, les entreprises ont des difficultés à appréhender le concept de l’e-réputation », nous dit David Réguer, auteur de l’ouvrage e-réputation, manager la réputation à l’heure du digital, qui reproche une vision des sociétés à trop court terme du phénomène. « Elles ne perçoivent l’e-réputation que par le prisme de la gestion des risques et du monitoring d’un côté, et la création d’une page Facebook de l’autre, souvent sans lien entre les deux. »

Du café du commerce au comptoir global

Dans ce grand café du commerce que constitue le Web 2.0, prendre la parole pour un individu ou une entreprise n’est donc pas une chose anodine. Le réseau Internet, plus que nul autre, constitue une formidable tribune où se construit et se démonte une réputation, où se colportent les bons mots comme les jugements les plus arbitraires, où s’échangent l’information comme la désinformation. Il faut toutefois garder à l’esprit que la tribune s’est aujourd’hui étendue du zinc au comptoir global et les mots qu’elle diffuse restent gravés dans un coin de serveur et sont susceptibles de réapparaître n’importe quand sur Google. Maîtriser les contenus devient donc un exercice de spécialiste et un nouvel enjeu pour l’individu comme pour l’entreprise 2.0.

De la fin de la publicité intrusive à la publicité comportementale

Ciblage publicitéFace au désamour qu’entretiennent les Français avec la publicité, les acteurs du secteur s’organisent. Le marketing direct a compris, depuis longtemps, que le meilleur moyen d’atteindre une cible est d’utiliser ses codes et d’individualiser son discours. Mieux identifié, plus considéré, le consommateur est alors apte à mieux recevoir un contenu publicitaire. La capacité de ciblage, voire de microciblage, est donc devenue un des nerfs de la guerre en matière de communication.

De l’hyperprofilage à la publicité contextuelle

La mise en place d’outils de CRM (Customer Relationship Management ou Gestion de la relation client) donne aujourd’hui les moyens d’analyser une grande quantité de données pour en extraire une meilleure connaissance de sa cible. Elle contribue à augmenter les connaissances dans le domaine de la qualification et du profilage des utilisateurs. Avec pour objectifs la quête du « 100 % utile » et l’obsession du retour sur investissement. Le numérique possède, en ses gènes, tous les atouts de cet hyperprofilage. L’annonce publicitaire sur Internet exploite pleinement les techniques d’analyse de données et les perfectionne à l’extrême pour en faire un élément de réponse à une recherche précise ou, en tous les cas, un complément utile à l’information recherchée ou au contexte de la navigation. Elle est, de fait, plus pertinente. Plusieurs raisons à cela. D’abord technique : l’approche prédictive permet aujourd’hui aux éditeurs de contenus et aux régies publicitaires de collecter des informations des sites visités, par analyse des contenus, captage de l’adresse IP de l’internaute, spécificités de la requête ou envoi de cookies. De telles informations permettent aux éditeurs de mieux connaître leurs lecteurs. Avec la possibilité d’une évolution dynamique de ce profil en fonction des sites visités ou des requêtes faites dans le temps. Amorcée notamment par Google avec ses offres AdWords et AdSense ou par Yahoo! Search marketing, cette technique permet d’afficher, par exemple, des offres contextuelles de tour-operator à l’issue d’une recherche sur la ville de New York ou l’adresse d’un restaurant après avoir consulté les horaires de cinéma. Une technique redoutable qui atteint parfois ses limites en mordant dangereusement sur les libertés individuelles et la confidentialité des données liées à la navigation.

Les réseaux sociaux ou l’avènement du profilage volontaire

Le profilage peut également se faire de manière explicite, dans le sens où de nombreux services et applications sur Internet invitent l’internaute à fournir des informations personnelles au travers de formulaires d’inscription. Les profils récoltés sont alors d’autant plus détaillés que l’internaute est volontaire pour les enrichir. L’émergence des réseaux sociaux tels que Facebook, Google+, Viadeo ou Linked-in et des contenus ultra-personnalisés qu’ils mettent à disposition du plus grand nombre font de cette technique un gisement inépuisable d’informations exploitables par les régies publicitaires ou par les éditeurs de contenus. Elles leur permettent d’afficher du contenu publicitaire en totale adéquation avec les centres d’intérêt de l’internaute. À tel point qu’une étude de l’agence eMarketer prévoit que le marché du Display, majoritaire dans ce domaine, devienne prépondérant et puisse dépasser celui du Search à horizon 2015.

La géolocalisation, avènement de la publicité locale

Le développement du profilage explicite permet aux annonceurs de pouvoir potentiellement toucher des secteurs de niche et un marché local, voire hyper-local, grâce notamment à l’apparition de certains services de géolocalisation déclaratifs comme Foursquare ou Dismoioù. Par ce biais, on est aujourd’hui capable d’envoyer sur un mobile des promotions proposées par un magasin situé à proximité qui, de plus, pourront correspondre parfaitement aux affinités déclarées du « mobinaute ». Au travers de ces services, les contenus publicitaires revêtent alors une dimension événementielle locale qui leur permet de s’intégrer à la vie de l’internaute et à ses préoccupations du moment. On touche à l’ultra-ciblage proche du one-to-one et à une parfaite illustration du principe de longue traîne énoncée dès 2004 par Chris Anderson.

Le big-data et la publicité comportementale en temps réél

Toute cette technologie de profilage et cette débauche d’algorithmes n’ont, pour autant, qu’un seul but : adapter le contenu publicitaire au contexte et aux affinités de l’internaute pour le transformer en complément d’information. Une technique qui n’est pas nouvelle puisqu’elle est couramment utilisée dans les publirédactionnels ou les relations presse. Elle prend toute son ampleur dans le cadre des médias numériques en devenant comportementale. Il est permis de penser que, grâce aux développements de la puissance d’analyse des données, d’une part, et au développement de l’omni-connexion, d’autre part, nous puissions bientôt recevoir sur nos écrans de télévision des contenus publicitaires personnalisés et contextualisés pour chacun. En témoigne une première expérience déjà menée et baptisée Digital Replacement Advertising, dans le cadre de matchs de football. Cette technique permet de remplacer en direct et de manière dynamique les contenus des panneaux publicitaires entourant les terrains par des affichages digitaux individualisés en fonction des pays de diffusion mais aussi, potentiellement, en fonction des profils des téléspectateurs présents devant le poste. Nul doute qu’avec l’émergence des TV connectées cette technique se sophistique pour occuper rapidement tous nos écrans…