De l’ORTF à la TNT : l’histoire de la télévision représentative de l’évolution du paysage médiatique ?

L'histoire de la télévisionObserver l’évolution de la télévision en France depuis sa création peut permettre de mieux comprendre l’univers dans lequel le paysage médiatique évolue. Commencée après-guerre, à l’avènement de la consommation reine et de celui des Mass Media, l’histoire encore relativement brève de la télévision peut être considérée comme une chronologie accélérée représentative de celle des médias au sens large. La télévision a contribué, en un demi-siècle, à changer nos modes de consommation des contenus pour les faire basculer dans une forme de modernité. Ce média roi est à son tour aujourd’hui mis à mal par les médias numériques qui contribuent à changer la donne.

Il y a cinquante ans : la préhistoire

Si on se place d’un point de vue chronologique, la genèse de la télévision en France s’est construite sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale et surtout avec les prémices de la Ve République, à l’heure où l’information était sous tutelle de l’État. Le paysage était alors cristallisé autour de l’ORTF et de deux chaînes de télévision hertziennes, contrôlées par un ministère de l’Information en charge des contenus, au même titre que l’AFP ou les informations cinématographiques. C’était une époque où on pouvait être renvoyé pour avoir montré ses genoux à l’écran. Autant dire la préhistoire.

Années 80 : la libéralisation des canaux

Il faudra attendre le milieu des années 80 pour que survienne un événement qui allait être majeur pour l’évolution de ce média. Au même titre que la radio qui s’est libéralisée au lendemain de l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée, de nouveaux canaux hertziens sont mis à disposition d’acteurs audiovisuels émergents. TV5 (en 1984) suivi de M6 (en 1987) apparaissent dans ce que l’on appellera désormais le Paysage audiovisuel français (PAF). C’est toutefois l’apparition d’un troisième acteur qui marquera une première révolution dans ce paysage : Canal+ (en 1984), le premier système de télévision à péage, qui préfigure les contenus payants.

Du hertzien au numérique : le début de la digitalisation des contenus

La fin des années 80 marque également la fin de la prédominance du réseau hertzien, avec l’apparition des premières chaînes privées diffusées par réseau câblé ou satellite (Canal J, Voyage, TV Sport, Paris Première, Jimmy, etc.) conjointement à l’émergence des câblo-opérateurs et autres fournisseurs de bouquets de programmes (Canal Satellite, TPS, Numéricable ou Free en France) qui ont contribué à fragmenter l’offre de contenus et à la segmenter. Elle marque ce que le sociologue Jean-Louis Missika considère être l’origine du déclin de la télévision en tant que média de référence, pour les mêmes raisons qui ont poussé la télévision à supplanter la presse après la guerre. L’éclatement de l’offre conduit mécaniquement à une dilution de l’audience et voit disparaître les grands rendez-vous qui étaient hier partagés par tous. Le 20h00 de TF1, les émissions pour enfants du mercredi après-midi, les jeux télévisés de début de soirée ou le Tournoi des 5 Nations (avant que l’Italie ne rejoigne le cercle fermé des équipes autorisées à s’affronter) marquaient autrefois des rendez-vous partagés par tous et étaient garants d’une culture commune. Si elle est une caution démocratique, la diversité dans les programmes n’en est pas moins source de fragilisation des acteurs économiques référents qu’étaient autrefois les chaînes de télévision. Autant d’indices qui contribuent à confirmer la fin de la télévision en tant que lien social de masse et à renforcer une crise générationnelle liée à ce média.

« La télévision est en train de connaître un phénomène qu’a connu la presse d’information générale, c’est-à-dire l’incapacité à renouveler les générations, à conquérir les cibles jeunes », nous dit Jean-Louis Missika.

Une nouvelle génération qui quitte peu à peu le petit écran pour celui des ordinateurs, des smartphones ou des tablettes.

L’émergence des contenus formatés

Paradoxalement, l’explosion de l’offre de chaînes et la nécessité de les nourrir en contenus entraîne un phénomène d’uniformisation des émissions audiovisuelles.

« On assiste au formatage des écrans, nous dit Jérôme Bourdon, historien et sociologue des médias français, auteur de l’ouvrage Une histoire culturelle des télévisions européennes 1950-2010. Partout dans le monde, on retrouve les mêmes formats ou les mêmes émissions, comme par exemple Nouvelle Star, dont la version chinoise est l’émission la plus suivie au monde. Plusieurs concepts venus des États-Unis, comme le présentateur unique des journaux télévisés, sont devenus la norme. »

Un phénomène qu’on observe également dans le recyclage et l’émergence des contenus préformatés sur l’ensemble des médias, mais aussi de celle d’émissions de divertissement où les contenus sont laissés aux mains des « invités », voire aux téléspectateurs, comme l’a initié le format de télé-réalité. Elle annonce une disparition progressive des émissions éditorialisées au profit de contenus improvisés où le candidat « fait le show » et que l’on peut facilement comparer à l’émergence des UGC (User Generated Contents ou contenus générés par les utilisateurs) sur le Net.

TNT et TV connectée : le retour au direct ?

La disparition du réseau hertzien au profit de la TNT constitue une nouvelle étape dans l’évolution de la télévision et symbolise évidemment plus globalement la mutation des médias vers le tout numérique. Associée à l’éclatement des supports, cette évolution contribue à la dilution des investissements publicitaires et fragilise encore un peu plus le média télévision tel qu’il était conçu il y a encore quelques années. La télévision connectée constitue sans aucun doute la prochaine marche à franchir. Elle symbolise à la fois la généralisation de l’interconnexion entre tous les médias et la possibilité offerte aux téléspectateurs d’interagir sur les contenus. Elle préfigure, par la même occasion, le retour à une télévision de directs qui sera seule susceptible de recréer des rendez-vous avec son audience. Même s’il reste, selon l’étude de 2011 du Cabinet Deloitte, le média préféré des Français avec une durée d’écoute en hausse de 12 minutes par jour, on est en droit de se demander comment la télévision parviendra à assurer son virage numérique pour conserver son rôle central dans la nébuleuse médiatique ainsi qu’à trouver un modèle publicitaire susceptible de rendre ce nouveau paysage audiovisuel viable à long terme. Et dans son sillage, comment l’ensemble du paysage médiatique de plus en plus interdépendant parviendra à s’adapter à ces nouveaux modèles.

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