Révolution relationnelle : ce qu’il faut retenir…

La révolution relationnelle provoquée par l’émergence des médias connectés modifie donc en profondeur notre rapport au monde en même temps qu’elle impacte la façon d’élaborer les contenus. L’arrivée d’Internet en général et du Web 2.0 en particulier a eu un effet important sur le mode de relation des individus entre eux, leur rapport à la technologie, leur interaction avec la société.

Internet est un projet de société fédérateur

Le carrefour qu’est devenu Internet rejoint, par analogie, le rôle joué par le Forum romain, dans le sens le plus antique du terme. Il est devenu un lieu d’échange, de commerce, de réunion, de discussion et, au travers de toutes ces activités, occupe un rôle éminemment politique qui redonne aujourd’hui au citoyen les moyens techniques de peser sur le devenir de la cité. Il symbolise la place publique pour ce que le journaliste et blogueur Thierry Crouzet a appelé « Le peuple des connecteurs ».

« Une technologie semble soudain capable de nous réunir, comme la construction d’une église pouvait, au Moyen Âge, réunir les habitants d’un village », nous dit-il dans son ouvrage éponyme. « Le peuple des connectés se rassemble. Ses membres, unis les uns aux autres par l’intermédiaire de leurs amis réels ou virtuels, forment une chaîne étendue à l’ humanité entière et dessinent un réseau social dont la structure n’est pas sans évoquer les circonvolutions des neurones de notre cerveau. L’organisation des connecteurs, non hiérarchique, quasi biologique, quasi vivante, se transforme sans cesse, s’adapte aux nouveautés, évolue. Par opposition, les structures sociales traditionnelles paraissent trop rigides, trop statiques, trop centralisées et inflexibles. Elles témoignent d’un ordre ancien qui n’a plus lieu d’être. La révolution des connecteurs a commencé. »

Il est intéressant de constater que le système de relations qui s’est établi sur la toile s’est organisé de manière naturelle et quasi organique selon un modèle comparable à celui d’un système nerveux dont chaque individu représenterait un neurone. Nous sommes ainsi tous potentiellement reliés entre nous par des services Internet qui s’apparentent à un système synaptique, connectés de manière permanente et activés en fonction des besoins du groupe. Nous formons ainsi un tout qui nous dépasse et qui a pour mission de faire fonctionner une organisation complexe, qui serait le corps humain d’un côté et la société de l’information de l’autre.

Connexions et isolement : l’avènement d’une société paradoxale

À l’heure où l’on a dépassé les 2,4 milliards de personnes connectées dans le monde et ou Facebook revendique à lui seul 1 milliard de membres actifs, le potentiel d’intermédiation et d’interconnexion du Web nous donne une nouvelle lecture de la relation dans une société paradoxale, hypra-connectée mais individualiste, collaborative mais égoïste, nomade mais de plus en plus sédentaire, libre et décIs Google making us stupid ?entralisée mais qui n’a jamais été autant sous le contrôle de si peu d’acteurs. La profusion d’information disponible, corpus initial à une certaine forme d’intelligence ou tout du moins facilitant l’accès à des éléments de culture générale, conduit ainsi certains à se poser la question si, contre toute attente, Internet n’était pas en train de nous rendre stupides. C’est la théorie du journaliste américain Nicholas Carr, auteur d’un article retentissant puis d’un livre posant la question des effets d’Internet sur nos manières de penser. Selon lui, l’accès quasi immédiat, permanent et intrusif de l’information modifie notre mode de pensée et nos facultés à réfléchir, à nous concentrer et à penser par nous-mêmes. Modifiant par là même notre comportement social. Une thèse qui est aujourd’hui reprise par les cassandres du Net, mais qui pose la question de l’avenir de l’homme dans son éco-système informationnel. L’Homo-numéricus survivra-t-il à Internet ?


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